La cartographie des cours d'eau en Indre-et-Loire




Editorial

La réforme de la politique agricole commune a institué la conditionnalité des aides. Le versement des aides agricoles européennes est désormais conditionné au respect des dispositions de 19 directives ou règlements, ainsi que des « bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE) ». Parmi celles-ci figure l'obligation d'implanter une bande dite « enherbée » le long des cours d'eau.

Sans être la panacée, les bandes enherbées présentent de nombreux intérêts du point de vue de la protection des eaux (réduction de la pollution par les nitrates, les pesticides et les matières en suspension) et de la biodiversité (elles fournissent habitats et nourriture pour de nombreux animaux inféodés aux cours d'eau).

En l'absence de carte départementale des cours d'eau, l'obligation d'implantation de bandes enherbées s’applique le long des cours d'eau « en traits bleus pleins et en traits bleus pointillés portant un nom » sur la carte IGN au 1/25000ème la plus récente. Le ministère de l'agriculture et de la pêche a donc demandé à chaque DDAF d'élaborer la carte des cours d'eau de son département pour l’application des règles de conditionalité.


La DDAF d’Indre-et-Loire, avec l'appui des agents de la brigade départementale du Conseil supérieur de la pêche, a élaboré au cours du printemps et de l'été 2005, la carte des cours d'eau d'Indre-et-Loire sur la base des critères définis par la jurisprudence.

Toute personne concernée par cette carte pouvait faire part de ses remarques à la DDAF. C’est ainsi que 340 demandes de recours ont été reçues et instruites sur le terrain en concertation avec les requérants.Une nouvelle carte des cours d'eau a ainsi été élaborée, puis arrêtée par le préfet. Elle est consultable en mairie et sur ce site internet de la DDAF, dans la rubrique Les cartes du menu à gauche de l'écran.

Les obligations d'implantation prioritaire d'un couvert environnemental (bandes enherbées) s'appliquent le long de ces cours d'eau mentionnés sur cette carte à compter du 1er mai 2007.


Au regard de la police de l’eau, il est rappelé qu’il n’existe aucune définition juridique du cours d’eau en droit français et que seuls les juges civils et administratifs sont habilités à statuer, au cas par cas, sur la consistance juridique d’un écoulement.


Aussi, le présent inventaire cartographique établi dans le seul cadre de la commande communautaire au titre de la PAC doit être perçu comme un socle de référence commune, apportant une meilleure lisibilité et facilitant le dialogue entre administration et usagers.


C’est pourquoi, il est toujours recommandé à toute personne ou porteur de projet, souhaitant effectuer des travaux, des prélèvements ou des rejets dans un écoulement, de se rapprocher, au préalable, des services de la délégation inter-services de l’eau et de la nature afin d’obtenir de plus amples précisions sur les formalités ou procédures qui pourraient s’appliquer au titre de la police de l’eau.


Jacques FOURMY


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Les critères permettant de définir un cours d'eau


Si le législateur n'a jamais précisé la notion de cours d'eau à laquelle il se réfère, il existe une abondante jurisprudence à ce sujet. Les deux principaux critères retenus sont :

- la présence et la permanence d'un lit naturel à l'origine, ce qui distingue les cours d'eau (artificialisés ou non) des fossés et canaux creusés par la main de l'homme ;

- la permanence d'un débit suffisant une majeure partie de l'année, critère qui doit être évalué en fonction des conditions climatiques et hydrologiques locales.

Les cours d'eau d'origine naturelle présentent certaines caractéristiques physiques qui peuvent être aisément observées. Ce sont notamment la présence de sources (même intermittentes), l'écoulement des eaux à certaines périodes de l'année, la présence d'un lit différencié (berges) et d'un substrat identifié (blocs, pierres, cailloux, graviers, sables, limons, argiles). Toutefois, une certaine prudence s'impose, car certains de ces caractères peuvent exister pour les fossés créés de main d'homme (les berges notamment). D'autres peuvent ne plus être visibles sur les cours d'eau recalibrés ces dernières années (le substrat identifié notamment).

La présence d'eaux courantes une majeure partie de l'année, ainsi que le maintien d'une humidité permanente, permettent le développement d'une faune et d'une flore particulière. La présence de poissons (en particulière de certaines espèces, telles la loche franche et le vairon), de macroinvertébrés benthiques (larves d'insectes, mollusques, vers, crustacés) et d'une végétation hydrophyte sont donc des éléments importants pour déterminer si un écoulement est un cours d'eau.

Des éléments bibliographiques peuvent également être pris en compte. Il s'agit notamment de la carte IGN au 1/25000ème, du cadastre, des cartes et inventaires réalisés par le passé (notamment la carte de Cassini publiée en 1815 et l'inventaire réalisé par le service des ponts et chaussées d'Indre-et-Loire publié le 17 octobre 1879).



Aymeric LORTHOIS

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La procédure d'élaboration et de contestation de la carte


Sur la base des critères permettant de définir un cours d'eau, les agents de la brigade départementale du Conseil supérieur de la pêche et de la DDAF ont effectué une analyse de l'ensemble des écoulements du département lors du printemps 2005. Ils ont analysé les données cartographiques et inventaires disponibles, ont mobilisé leur connaissance des cours d'eau du département, et ont effectué un très grand nombre d'expertises de terrain.

La carte des cours d'eau qui en résulte a été élaborée à partir de la BD TOPO®©IGN afin de disposer d'une carte précise au 1/5000ème et compatible avec les ortophotoplans utilisés par les agriculteurs pour la déclaration graphique de leurs cultures afin de bénéficier des aides européennes.

A l’issue de cette première étape, le linéaire de cours d’eau obtenu était de 3 227 km. Ce chiffre est à comparer aux 2 312 km de traits bleus continus et 2 863 km de traits bleus discontinus des cartes IGN.


Toute personne concernée par cette carte pouvait faire part de ses remarques à la DDAF. C’est ainsi que 340 demandes de recours ont été reçues et instruites en concertation avec les requérants. Dans 60 % des cas, les observations réalisées lors de ces expertises complémentaires ont conduit la DDAF à donner raison au demandeur. Dans 15% des cas, la deuxième visite a amené la DDAF a revoir partiellement sa position, sans toutefois que le requérant ait pu entièrement être satisfait. Dans 20 % des cas, les conclusions du travail réalisé en 2005 ont été confirmées.
A l’issue de cette deuxième étape, le linéaire de cours d’eau obtenu était de 3 073 km.




Inventaire des cours d'eau réalisé par la DDAF et le CSP, présenté sur le fond SCAN25 IGN


Malgré tout le soin apporté à l'élaboration de la carte, il se peut que des erreurs d'appréciation ou de cartographie aient été commises. Aussi, toute personne, notamment propriétaire ou exploitante, peut contester auprès de la DDAF, dans les deux mois à compter de la publication de la carte en mairie, le fait qu'un écoulement soit considéré comme un cours d'eau. En cas de contestation, l'obligation d'implantation de bandes enherbées sera repoussée au 1er mai 2008, pour les écoulements qui ne figuraient pas sur les cartes publiées en 2005.

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Les cartes et inventaires utilisés


Carte de Cassini du XVIIIème siècle

SCAN25 IGN, équivalent à la Série bleue -TOP25 en papier, 1994, échelle de précision 1/25000

BDCarthage IGN en partenariat avec l'agence de l'eau, 2004, échelle de précision 1/50000

BDTOPO IGN relevé par photo interprétation, 2005, échelle de précision 1/5000

Données permanentes des cours d'eau du département d'Indre-et-Loire réalisé par le service des ponts et chaussées, 1879


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Les bénéfices des bandes enherbées


Les bandes enherbées présentent de nombreux avantages, tant du point de vue de la protection de la ressource en eau, qu'au regard de la diversité biologique.

Ces bandes constituent une zone de sécurité où aucun apport en fertilisants ou produits phytosanitaires n'est réalisé. Ceci limite donc le risque d'apport direct de ces molécules au cours d'eau. Par ailleurs, la présence d'herbe favorise le dépôt des particules en suspension contenues dans les eaux de ruissellement. Ainsi, produits phytosanitaires, fertilisants organiques ou minéraux contenus dans l'eau de ruissellement sont retenus. Se produisent alors des phénomènes physico-chimiques et biologiques qui assurent leur fixation et leur dégradation. Ces bandes participent donc à l'épuration des eaux du bassin-versant. Des études ont montré qu'elles sont efficaces à partir d'une largeur de 5-6 mètres.


Efficacité des bandes enherbées sur le flux de nitrates Efficacité des bandes enherbées sur les flux de produits phytosanitaires

L'absence de traitements sur ces bandes enherbées permet le développement de certains insectes. Ceux-ci servent de nourriture à d'autres espèces (poissons, oiseaux) et favorisent le développement des populations. Par ailleurs, ces bandes peuvent être utilisées pour reconstituer (ou laisser se développer) des boisements de bord de cours d'eau présentant un grand intérêt pour la diversité biologique, la stabilité des berges et la qualité de l'eau.

Aymeric LORTHOIS

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Les obligations des exploitants agricoles le long des cours d'eau


Les couverts environnementaux doivent représenter 3 % de la surface totale aidée de l'exploitation dans le cadre de la politique agricole commune (surfaces en céréales, oléagineux, protéagineux et en gel) et être implantés prioritairement le long des cours d'eau sous forme de bandes d'une largeur de 5 à 10 mètres. Elles ne doivent recevoir ni fertilisation, ni traitement phytosanitaire.

L'arrêté préfectoral relatif aux bonnes conditions agricoles et environnementales précise la liste des espèces qui peuvent être implantées, seules ou en mélange, en bord de cours d'eau : luzerne, dactyle, fétuque des prés, fétuque élevée, fléole des prés, lotier corniculé, minette, ray-grass anglais, ray-grass hybride, sainfoin, trèfle blanc, trèfle de Perse, trèfle d'Alexandrie, trèfle violet, vesce commune, brome cathartique et brome sitchensis. Les haies situées le long des cours d'eau sont considérées comme couvert environnemental dans la limite de 3 mètres de largeur. Elles doivent donc être complétées par une bande enherbée pour respecter la largeur minimale de 5 mètres. Si le cours d'eau est bordé de chemins, friches ou boisements (ripisylves) d'une largeur inférieure à 5 mètres, une bande enherbée doit également compléter la largeur à concurrence de 5 mètres minimum. L'implantation de bandes enherbées n'est naturellement pas nécessaire lorsque la parcelle en bord de cours d'eau est en prairie permanente ou temporaire.

Les agriculteurs, qui auraient, avant publication de la carte en mairie, implanté du colza en bordure de cours d’eau qui apparaissent en traits bleus discontinus sur la dernière carte IGN au 1/25 000, sont invités à le signaler, par écrit, à la DDAF en précisant les parcelles concernées. L’obligation d’implantation de la bande enherbée sur les parcelles considérées sera reportée au 1er mai 2007.


Jean-Pierre PRADEL

Voir
l'arrêté BCAE relatif aux bonnes conditions agricoles et environnementales des terres en Indre-et-Loire (30 mai 2007).

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